Festival 2014

 

Vilar en Anjou : une conférence par Jean Bauné sur Jean Vilar et sa première tournée en Anjou, à l’été 1941, bien avant l’aventure du festival d’Avignon et du Théâtre National Populaire. L’entrée est libre, rendez-vous mercredi 13 août à 16h à Fontaine-Guérin. Venez nombreux !

Jean Bauné est né à Mazé. Il a été professeur au Collège Molière de Beaufort-en-Vallée de 1968 à 2002 où il crée l’atelier théâtre en 1985. Il crée l’antenne théâtre du Centre de documentation pédagogique, organise avec l’Association En Jeu les printemps théâtraux des écoles, des collèges et des lycées. En 1992, il crée le secteur théâtre éducation du Centre Dramatique National d’Angers aux côtés de Claude Yersin et de Daniel Besnehard. Il participe au Festival d’Avignon depuis 1966 dans le cadre des Centres de jeunes et de séjour du Festival.

Sixième édition ! Six spectacles, six poètes, six metteurs en scène, six cents ans de théâtre, six époques, six langues ! Cette année, la démesure est à l’honneur : des monuments, des géants et des monstres. Pour réenchanter notre monde incertain, retrouvons-nous sur notre petit plateau de bois pour une grande fête du théâtre !

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Accéder au programme pièce par pièce :

HAMLET

LA CERISAIE

LE CERCLE DE CRAIE CAUCASIEN

FALSTAFE

LA BELLE ET LA BÊTE

LA VIE TRESHORRIFICQUE DU GRAND GARGANTUA

de François Rabelais
Mise en scène de Sophie Guibard et Emilien Diard-Detœuf
Costumes : Juliette Gaudel
Scénographie : Nayel Zeaiter

Avec :
Valentin Boraud
Julien Campani
Baptiste Chabauty
Sacha Todorov

La vie treshorrificque du grand Gargantua, c’est un spectacle fait de théâtralités contradictoires : on joue d’abord à raconter, et cela déborde, on s’emporte, peu importe comment. Le narrateur devient bonne soeur, on hurle au passé simple, on naît aussi facilement par l’oreille de sa mère qu’on entre en scène. Ce qui compte, c’est l’appétit de récit, c’est de raconter la bruyante vie du héros Gargantua : il naît, il boit, il morve dans sa soupe, il jubile d’être au monde; il part étudier, il boit, il compte les étoiles à quatre heures du matin, il se goinfre de savoirs ; il mène une guerre, prend des jets de canons pour une attaque de poux, et se discipline, diplomate mais toujours étonné de tout ; puis il tombera amoureux d’une géante, mettra au monde un nouveau géant, et toujours dira : « A boire ! À boire ! À boire ! ».

Les fables et les contes populaires ont cette force d’être en nous au point qu’on les a naturellement intégrés, comme digérés. Quand ils ressortent, on a l’impression de les inventer. Ou plutôt, beaucoup de nos créations sont des réminiscences. Le théâtre ne s’apprend pas, il se retrouve là où il a été enfoui.
La vie treshorrificque du grand Gargantua est un spectacle sur l’enfouissement des connaissances.
C’est un spectacle sur la possibilité de tout apprendre et de tout penser, sans aucune censure. Tout apprendre, tout penser, et tout dire : le comique, le grotesque, le pathétique, le scatologique, le scientifique, l’astronomique, tout, tout et tout. Sauf l’obscurantique : pas de fausse connaissance, pas de connaissance creuse, pas de curiosité feinte. L’étonnement ne peut pas être trahi : on est étonné, ou pas.
La vie treshorrificque du grand Gargantua est un spectacle sur la liberté de la langue, qui est le début de toute liberté. Pouvoir tout dire, c’est évoquer tous les sujets (de l’église à la matière fécale), mais c’est aussi pouvoir dire tous les mots, même les mots inventés. Pour que l’homme se libère, il faut qu’il libère sa capacité à parler. Il faut qu’il libère sa langue. Après Rabelais, l’orthographe s’académise, la pensée rentre dans un rang, la langue se range sous l’empire des lois. Mais le souvenir des géants reste dans les mots : la liberté a laissé une trace écrite et orale dans l’ordre établi.
Gargantua, c’est l’enfance du français, une enfance libre, facétieuse et insolente, dont le français adulte se souvient avec émotion, comme d’une époque d’insouciance et de gaieté.
La vie treshorrificque du grand Gargantua est une entreprise de libre archéologie de la langue. On ne traduit pas. On ne change pas un seul mot. Ils ont cinq cents ans, et pourtant ils sont plus vifs que les nôtres. Parler Rabelais, c’est être à la racine du théâtre populaire. Nous aurions pu commencer par là.

Adaptation d’Elsa Grzeszczak et Sacha Todorov
Mise en scène d’Elsa Grzeszczak

Avec :
Pauline Bolcatto : La Belle
Clovis Fouin : La Bête / Avenant
Philippe Canales : Le père
Elsa Grzeszczak : Adélaïde, la soeur / La mère

La Belle et La Bête est une histoire qui questionne la rationalité de nos choix et de nos désirs face à notre monde, qui devient chaque jour plus violent dans le nivellement des consciences vers la « normalité ». Il est un appel à la liberté que nous devons nous octroyer pour nous battre contre les conformismes sociaux et moraux, afin de défendre envers et contre tous nos désirs les plus profonds. Qu’aime t-on lorsqu’on aime ? Qui ai-je le droit d’aimer ?
Ces personnages avancent dans le jardin obscur de leurs sentiments. C’est une ode à notre part animale et instinctive, une histoire où la vérité des désirs peut naître parce qu’à l’abri dans la forêt et à l’orée de la civilisation. Il y a certaines vérités qui ne peuvent s’avouer que dans le secret de la pénombre. La naissance de cet amour féroce effraye autant qu’elle envoûte, mais comme il est dit dans ce conte : « Il faut parfois savoir sauter et tomber pour voir ce qu’il y a au fond des choses…
Où que tu sois, creuse profondément ! Les sources sont toujours sous terre. ».
Ce spectacle sera un cri pour apprivoiser nos peurs et nos désirs. Un cri, dans cette fête où l’on dansera l’inconsolable tristesse de ne pouvoir comprendre l’autre, de retrouver un peu du langage « du cœur », dans les fougères et au clair de lune, loin des pères, des maîtres et des Lois. La limite de nos rêves est celle que nous nous construisons. Alors, quoi de mieux que le ciel de Fontaine-Guérin pour entendre résonner la promesse de leur amour inconditionnel.

de Valère Novarina (d’après William Shakespeare)
Adaptation et mise en scène de Lazare Herson-Macarel

Spectacle en itinérance  (voir la carte des lieux) :

Samedi 26 juillet à 20h30 à Charcé-Saint-Ellier-sur-Aubance (Le Présbytère)
Vendredi 1er août à 20h30 à Saint-Rémy-la-Varenne (Le Prieuré)
Samedi 2 août à 20h30 à La Ménitré (La Couette)
Vendredi 15 août à 16h à Beaufort-en-Vallée (La Chapelle)
Samedi 16 août à 16h à Mazé (Le Méteil)
Dimanche 17 août à 16h à Brion (Le Moulin de la Rivière – Peggy Paint Ranch)
Vendredi 22 août à 16h à Ambillou-Château (Troglo-Rêve : 3 rue des Mazières)
Samedi 23 août à 16h à Chaudefonds-sur-Layon (Lieu-dit Saint Charles)
Dimanche 24 août à 16h à Baugé (Les Grands Moulins : 2 rue de la Fontaine)

Avec :
Joseph Fourez : Falstafe
Julien Romelard : Le Prince / Percy
Sophie Guibard : Pistole / Worcester
Philippe Canales : Le Roi
Morgane Nairaud : L’Hôtesse

Accompagnement vocal : Antoine Philippot
Conseil percussions : Baptiste Chabauty

Pour la première fois de son histoire, le Nouveau Théâtre Populaire joue l’œuvre d’un auteur vivant ! Partant de la pièce Henri IV, de Shakespeare, le jeune Valère Novarina nous offre un poème comique foisonnant et libérateur, au centre duquel est la figure de Falstafe : légendaire soldat obèse et fanfaron, âme damnée du jeune Prince Henry, et ardent défenseur du Vice sous toutes ses formes. L’aventure des représentations en itinérance, initiée l’année dernière avec Othello, se poursuit de façon festive : des lieux atypiques, cinq acteurs déchaînés, et un poète témoignant avec force de l’éternelle vitalité de notre langue. Le spectacle peut commencer !
Les chroniques rapportent qu’en 1600, les premières représentations d’Henri V furent interrompues par les cris du public réclamant : «Falstafe ! Falstafe !». Le public du Globe avait soif de retrouver sa nouvelle idole : le gros Falstafe – l’ivrogne, le menteur, l’irresponsable – qui résume à lui seul tous les vices de l’humanité. Pourquoi ce désir ? Le public avait compris, ce grand enfant : Falstafe, c’est le théâtre ! C’est une connaissance plus ancienne et plus profonde que celle qui est renfermée dans les livres, une sagesse située bien au-delà, ou en deçà, du Bien et du Mal. C’est l’incarnation du Gai Savoir. C’est la connaissance essentielle qui fait le désir de Faust. C’est cette connaissance dont personne n’est exclu, qui est permise à toutes les âmes intactes. C’est un certain art de vaincre la mort en la jouant. Ce plaisir essentiel du théâtre – universel, inné, unique, nécessaire et consolant – me semble une raison suffisante pour monter Falstafe.
D’autre part, Falstafe est l’oeuvre d’un poète vivant. Réécrivant Henry IV, Novarina nous livre une grande œuvre de langue française, de celles qui n’utilisent pas la langue ; mais l’explorent, l’éprouvent, l’abîment, l’abyment, l’étendent et l’inventent. Cette langue instinctive et prolixe nous demande de remonter aux origines de notre vocation d’acteur afin de tendre un miroir au public, et de rendre hommage à sa profonde sagesse : vivre suffit.
Enfin, Falstafe est le récit d’un parcours initiatique, avec ses choix, ses renoncements, ses victoires sur soi-même. Notre spectateur s’identifiera à coup sûr au jeune Prince. Le futur Henry V, tiraillé entre Falstafe et Bolingbroke, entre un père joyeux et un père déçu, remet toujours l’âge adulte au lendemain. C’est la figure mythique du Cancre – il en a l’insouciance, le sens du rythme, l’amour des petites choses, la haine de l’ennui. C’est à ceux-là que je voudrais adresser la mise en scène de Falstafe. C’est avec eux que je voudrais explorer l’improbable, l’inhabitude, l’interdit. Comme l’écrit souvent Novarina, il s’agit pour les acteurs de s’émerveiller ensemble d’être des animaux parlants, et de «sortir d’homme.» Il sera bien temps, plus tard, au terme de la pièce comme au terme de l’enfance, d’endosser son lourd costume d’adulte.
Je rêve les représentations de Falstafe comme une fête – une vraie fête, avec son banquet, ses guirlandes de lumière et son orchestre improvisé. Un espace et un temps entièrement dévolus à la transgression des conventions admises, à la folie. Une fête qui aurait la même puissance symbolique, la même force de bouleversement spirituel qu’un jour de Carnaval – quand les mendiants s’habillent en rois et les rois en mendiants, et que pour une heure enfin les derniers sont les premiers.


Scénographie et costumes : Alice Duchange / Lumière : Jérémie Papin / Régie générale : Thomas Chrétien / Stagiaire mise en scène : Isham Conrath / Administration – production : Lola Lucas / Production – diffusion : Caroline Namer

Production Compagnie de la jeunesse aimable. Co-production : Nouveau Théâtre Populaire (NTP), Théâtre Sorano – Jules Julien de Toulouse et NTA, CDN d’Angers. Avec l’aide à la création de la Région Pays-de-la-Loire et le soutien de la Région Ile-de-France. Avec la participation du Jeune Théâtre National. En résidence de création au Théâtre Paris Villette.
Spectacle créé au Festival In d’Avignon du 6 au 11 juillet 2014.

d’Anton Tchekhov
Traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan
Mise en scène de Julien Romelard
Collaboration artistique : Joseph Fourez

Avec :
Pauline Bolcatto : Lioubov Andreevna
Claire Sermonne : Ania
Morgane Nairaud : Varia
Philippe Canales : Gaev
Emilien Diard-Detoeuf : Lopakhine
Lazare Herson-Macarel : Trofimov
Clovis Fouin : Pichtchik
Sophie Guibard : Charlotta
Baptiste Chabauty : Epikhodov
Elsa Grzeszczak : Douniacha
Frédéric Jessua : Firs
Julien Campani : Iacha

Anton Tchekhov écrit La Cerisaie en 1903 dans une Russie en pleine transition, à la veille de la révolution, alors qu’il se meurt de la phtisie. Faible et en retraite loin de la capitale, il questionne cet instant fragile où la communauté est face à l’imminence d’un bouleversement. Comment construire un nouvel ordre sans pour autant sacrifier ce qui fait notre identité ? Qu’est-on prêt à détruire pour cela ? Faut-il abattre notre passé pour construire notre futur ? Sans aborder ces questions frontalement, Tchekhov trace le portrait saisissant d’une société en mouvement à travers ses personnages et leur complexité humaine ; c’est dans ce contexte que nous créerons Notre Cerisaie.
Monter Tchekhov au NTP, à Fontaine-Guérin, c’est exprimer une fois de plus notre envie de nous confronter aux grands auteurs et de faire vivre les oeuvres majeures du répertoire.
Monter La Cerisaie aujourd’hui, c’est nous permettre de révéler le bouleversement que nous traversons au sein du NTP avec le public. A travers le récit de la vente de cette Cerisaie, nous racontons notre histoire, la re-construction sincère et joyeuse de ce qui fait l’essence de notre démarche. Construction qui s’accompagne bien entendu de doutes, de questionnements, de désirs, d’élans de beauté et de l’espoir possible d’un nouveau lieu de théâtre.
Monter La Cerisaie aujourd’hui, c’est affirmer le travail de notre troupe, notre manière d’interroger le théâtre ici face à ce public, parce que tout se fera à la vue des spectateurs.
Monter La Cerisaie aujourd’hui, c’est raconter l’histoire intime d’un auteur de théâtre écrivant son dernier chef-d’œuvre ; alors qu’il se meurt, il nous laisse non dans la tristesse de sa disparition mais dans la célébration de son héritage.
Monter La Cerisaie au NTP est une nécessité pour nous.

de William Shakespeare
Traduction d’Yves Bonnefoy
Mise en scène de Léo Cohen-Paperman
Collaboration artistique et piano : Sacha Todorov

Avec :
Valentin Boraud : Hamlet
Frédéric Jessua : Claudius
Julien Campani : Le Spectre / le comédien
Morgane Nairaud : Gertrude
Antoine Philippot : Polonius
Clovis Fouin : Laërte
Claire Sermonne : Ophélie
Baptiste Chabauty : Horatio
Joseph Fourez : Guildenstern / Francisco / le fossoyeur
Philippe Canales : Rosencrantz / Bernardo

Hamlet raconte l’histoire d’un jeune homme qui a perdu son père – assassiné par son propre frère, Claudius – et sa mère Gertrude – qui épouse ce même Claudius en secondes noces. Shakespeare écrit Hamlet pour dire le scandale de la mort, l’amour absolu d’un fils pour son père et le passage nécessaire et douloureux d’un temps à un autre temps, d’un règne a un autre règne, d’un âge à un autre âge – des ténèbres a la lumière. Pour le NTP aussi, c’est un pas de plus vers un autre âge que de se mesurer à la pièce des pièces.
Après Roméo et Juliette et Macbeth, j’ai le plaisir de continuer mon exploration des grandes tragédies de Shakespeare au Festival du Nouveau Théâtre Populaire. Je crois profondément que Hamlet est la suite de Roméo et Juliette ; comme Roméo, Hamlet est un intellectuel sombre, un jeune premier nocturne, un homme témoin de l’état de crise inhérent à notre condition de mortels. Hamlet est une pièce frontière, qui raconte le moment où l’humanité ne sait plus si elle doit se fier aux croyances anciennes ou au progrès. Le Spectre ou Horatio ? Claudius ou Fortinbras ? C’est aussi ce qui fait, à mon sens, la force de l’oeuvre aujourd’hui.
Mettre en scène Hamlet a valeur de manifeste. La pièce de Shakespeare me demande : quel théâtre veux-tu ?
Le Festival du Nouveau Théâtre Populaire apporte une première réponse : nous sommes les artisans du Songe d’une nuit d’été – ceux qui font trop avec trop peu, ceux qui ne sont pas à la mode, ceux qui font naître l’art de la planche de pin maritime, de la guinde en chanvre et du rideau tendu entre deux mâts. Sur ce plateau de bois qu’ils ont construit de leurs propres mains, les acteurs joueront Hamlet.
Hamlet, c’est la nuit. La couleur dominante du spectacle sera le bleu – un bleu profond, philosophique, spirituel – proche de celui qui représente le ciel dans la basilique Saint-Pierre, à Rome. Un bleu de beauté et qui dessine déjà un monde et un ciel en crise. De nombreux éléments de costume et accessoires reprendront ce thème chromatique.
Hamlet fait du théâtre le lieu où les morts reviennent et parlent au vivant – c’est cela qui hante nos nuits, c’est pour cela que cette pièce nous obsède. L’objet central de la représentation sera donc le cercueil – ou plutôt quatre cercueils bleus, qui désigneront à la fois les entrées et sorties, les quatre points cardinaux de la scène (notre Nord est le lointain ; notre Est, le jardin ; notre Ouest, la cour ; et notre Sud, le devant) et feront du Cimetière un lieu familier des spectateurs. Comme pour mieux dire que la Mort et le Théâtre sont les deux horizons qui nous rassemblent pour former une communauté humaine.

de Bertolt Brecht

L’Arche est l’agent théâtral de Bertolt Brecht
Traduction de Georges Proser

Mise en scène et scénographie : Emilien Diard-Detoeuf
Collaboration artistique : Antoine Philippot
Composition et répétitions musicales : Antoine Philippot et Sacha Todorov

les 13, 16, 19 et 22 août à 20h30.
Durée : 1h40

Avec:
– Pauline Bolcatto : Le Brigadier, La femme de chambre, une invitée de l’enterrement, Ludovica
– Valentin Boraud : L’aide de camp, un musicien, le deuxième homme, Youssoup, un homme d’armes
– Baptiste Chabauty : Un mendiant, Simon Chachava, un musicien, le premier homme, le fugitif (le Grand Duc)
– Augustin et Jules Delaunay : Michel Abaschvili, le grand garçon (Augustin)
– Emilien Diard-Detoeuf : Un vieil homme
– Joseph Fourez : Un homme d’armes, la cuisinière, Laurenti, un autre homme d’armes
– Elsa Grzeszczak : Le prince obèse Kazbeki (frère du Gouverneur), une voyageuse, une paysanne, Aniko (la belle-sœur), une invitée de l’enterrement, un homme d’armes
– Sophie Guibard : Groucha Vachnadzé, la mère Géorgie
– Lazare Herson-Macarel : Un mendiant, la gouvernante, l’hôtelier, un invité de l’enterrement, Bizergan Kazbeki (neveu du Prince obèse), un homme d’armes, le deuxième avocat
– Frédéric Jessua : Un mendiant, le laitier, Azdak
– Morgane Nairaud : Natella Abaschvili (la femme du Gouverneur), une voyageuse, une marchande, la belle-mère
– Antoine Philippot : Le Chanteur
– Julien Romelard : Un mendiant, le valet d’écurie, Tête de Bois, un invité de l’enterrement, Chauva
– Sacha Todorov : Le Gouverneur Abaschvili, un musicien, le moine, le premier avocat

Le monde a changé, les inquiétudes demeurent. L’époque de Brecht a rêvé un communisme que notre époque a enterré. Mais l’amour de l’autre est encore aux prises avec l’individualisme. L’égoïsme côtoie toujours la bonté. La sollicitude marche toujours dans les pas de la cruauté.

Le Cercle 1

Le Cercle est l’expérience d’une femme traversant un pays où partout elle est une étrangère ; la pièce raconte sa lutte pour survivre à la chasse lancée contre elle et l’accueil que lui réservent ceux qu’elle rencontrent. Chacun sur sa route a son intérêt à défendre, légitime et sensé, impossible à laisser tomber. « Où sont les vrais gens ? ». Ils existent, mais en petit nombre. Azdak, Simon…La résistance est l’étoile poursuivie par tous et servie par quelques-uns, irréductibles.

« Comment fait-on du Brecht ? » est une mauvaise question. Il faut se demander « que dit-on avec du Brecht ? ». Lui qui recyclait les antiques pour les rendre moins éternels et un peu plus actuels, faudrait-il maintenant le célébrer dans des mises en scène solennelles ? Ne nous a-t-il pas appris à nous emparer de ce que le passé nous a transmis ? N’est-ce pas en leur offrant une vie nouvelle plutôt qu’une vie au musée que les monuments perdurent ? Voilà notre charge, à nous jeunes artistes dramatiques, la seule qui vaille : ne faire avec Brecht que du théâtre. Tout comme nous le faisons avec Shakespeare, Feydeau, Hugo, Molière, etc. Y mettre la vie telle que notre époque nous la fait vivre. Concilier l’impératif de respecter l’œuvre du maître et l’exigence urgente de parler de notre époque, tel est notre sacerdoce. Notre recherche parfois douloureuse d’équilibre, notre insatisfaction joyeuse, notre paradoxe permanent.
Je voudrais parler de notre quête utopique, née d’une lassitude. Je voudrais parler d’une génération, la mienne, qui se défie de la politique mais qui ne rêve que d’engagement ; je voudrais parler de notre attention toujours plus scrupuleuse à la marche générale du monde et de l’inconsolable nécessité de nous en extraire.
Je voudrais parler de nos contradictions. Emilien Diard-Detoeuf

Le Cercle 4