Entre Chien et Loup.

« il y a l’amour »

 Texte : Jon Fosse

Adaptation et mise en scène : Pauline Bolcatto, à partir de Hiver et Rêve d’automne de Jon Fosse
Collaboration artistique : Baptiste Chabauty
Costumes : Zoé Lenglare
Régie générale : Thomas Chrétien
Administration et production : Lola Lucas assistée de Léonie Lenain

Avec :
Elsa Grzeszczak
Frédéric Jessua

Le NTP a pour mission artistique de faire éclore les contrastes et fleurir les échos des diverses œuvres classiques comme contemporaines du répertoire mondial dans un foisonnement joyeux et réfléchi. 

Mais la mission du NTP et de son jardin est aussi et surtout de réunir des individus, dans une expérience commune, le temps d’une soirée. 

C’est avec ce spectacle et l’écriture épurée de Jon Fosse -auteur norvégien crépusculaire, dans la lignée des Tchekhov, Bergman, et Ibsen – que je souhaite proposer au public NTP une expérience sensorielle et poétique.

Entre Chien et Loup, ce sera la somme de deux pièces de Jon Fosse. J’ai ajouté à Hiver, la première partie de Rêve d’Automne, et donc donné un nouveau titre à l’ensemble. Le spectacle sera ainsi composé de deux parties.

La première : Une femme et un homme se rencontrent. (Hiver)

La seconde : Un homme et une femme se retrouvent après des années. (Rêve d’Automne).

Le premier duo se fantasme un avenir ; le second rêve son passé.

Est-ce que l’homme et la femme de la première partie sont ceux de la seconde, des années après, ou est-ce une variation autour de deux personnes qui se rencontrent ? Je veux jouer sur cette ambigüité pour laisser place avant tout à la situation : deux instants cruciaux de la vie d’un homme et d’une femme.

Car le poème chez Fosse est bien une expérience. Il prend pour point de départ une situation très simple et en révèle toute la complexité et la beauté vertigineuse. L’instant de la rencontre, c’est l’instant entre deux personnes où parler prend un poids particulier car chaque mot, chaque mouvement, chaque respiration, offre un monde à celui qui l’entend. La nécessité de dire est remise au centre, parce que réinterrogée à l’instant même de sa pulsion première. Tout devient alors très signifiant : le premier mot, comme le premier silence de la phrase. Fosse ne gardera d’ailleurs souvent que ce premier mot; il composera le vers. Cette écriture aux vers très courts, sans rimes, et presque sans ponctuation, crée un vertige, fait apparaître l’intensité du présent et lui donne ainsi tout son sens. En cela aussi, elle ne peut se passer de l’interprète et est inscrite dans ce « moment de la représentation», soit dans un espace comme dans une temporalité partagée. Le spectateur est mis à une place très active, car il déduit naturellement des silences : une mélodie de l’âme qui ne cesse de se ramifier.

Nous nous retrouverons au coucher du soleil, précisément à l’heure où se rencontrent le jour et la nuit, cet instant unique où l’humidité de l‘air nous invite à de nouvelles sensations, où l’on voit de nos yeux l’empreinte du temps dans le ciel, nous faisant présager : passé, présent et avenir.

Le spectacle sera un travail autour de ces couleurs primaires essentielles.

Il devra être dangereux, intimidant de sensualité, il devra avoir la splendeur de la maladresse, et son humour.

Pauline Bolcatto