Texte : Sophocle
Traduction et adaptation : Lazare Herson-Macarel et Sacha Todorov

Mise en scène : Lazare Herson-Macarel
Collaboration artistique : Philippe Canales

Le chœur :

Damien Bellard
Catherine Bidault
Eve Blanchard
Françoise Cassin
Véronique Côme
Louis Delaunay
Ophélie Guéguen
Paul Lemonnier
Erwann Meneret
Michel Rateau
Christophe Rouger
Claire Savary

Le Coryphée : Antoine Philippot
Œdipe : Baptiste Chabauty
Créon : Loïc Riewer
Tirésias : Anna Fournier
Jocaste : Elsa Grzeszczak
Le messager de Corinthe : Julien Romelard
Le berger : Valentin Boraud
Le messager du Palais : Sacha Todorov

Direction musicale : Baptiste Chabauty
Percussions : Baptiste Chabauty et Sacha Todorov
Costumes : Zoé Lenglare
Maquillages : Philippe Canales
Régie générale : Thomas Chrétien
Administration et production : Lola Lucas, Frédéric Jessua

 

Œdipe-Roi est l’histoire d’un peuple en état de catastrophe. La peste est sur Thèbes, le blé ne vient plus, les femmes n’enfantent plus, hommes et bêtes meurent par dizaines, de maladie et de faim. Les Thébains viennent demander à Œdipe de les sauver, mais ils ignorent qu’Œdipe est la source même de leur malheur. Sans que personne ne le sache, la tragédie a déjà eu lieu : Œdipe a déjà tué son père, il a déjà couché avec sa mère, il a déjà des enfants qui sont aussi ses frères et ses sœurs. A rebours de l’interprétation freudienne du mythe d’Œdipe-Roi, la pièce de Sophocle m’apparaît comme le récit d’une crise politique, une formidable machine à penser nos pestes contemporaines : l’indifférence des élites, la pauvreté, la violence sociale, la haine de tous contre chacun, l’accroissement des inégalités, les replis identitaires, la misère matérielle et spirituelle. En découvrant ce texte écrit il y a 2500 ans, nous sommes face à l’immense tâche qui nous reste à accomplir : le renouveau politique.

Œdipe-Roi est une tragédie qui se termine bien. Après le départ d’Œdipe pour l’exil, l’oracle des dieux se réalise et la peste prend fin. Le peuple libéré du fléau reste seul, avec une nouvelle page d’histoire à écrire, un nouvel équilibre poétique et politique à inventer et à mettre en œuvre. En effet, ce bannissement final, cette remise en cause des fondements même de notre système, n’est-ce pas une nécessité que nous devrions sentir chacun à notre manière, une sorte de mission dont nous savons qu’elle finira par s’imposer au cours des années à venir ?

Le projet de monter Œdipe-Roi à Fontaine-Guérin trouve son sens grâce à la présence des acteurs volontaires venus du public qui ont eu le courage de monter sur notre plateau pour incarner le chœur tragique, pour porter haut la parole de ce peuple qui interroge, qui questionne, qui redoute, qui cherche la justice. Grâce à eux, on entend l’écho véritable de l’espoir, on devine l’hésitation intime qui traverse la foule des vivants, on assiste à l’effort collectif pour agir en fonction de la raison, de la loi intime écrite au cœur de chaque être humain, et non pas en fonction d’une impulsion violente, d’un instinct bestial, ou du réflexe grégaire dicté par la bêtise.

Enfin, grâce à cette troupe extraordinairement nombreuse, composée de gens si différents, il n’est plus seulement question de théâtre, mais aussi de renforcer le lien que nous tissons ensemble depuis sept ans, acteurs et spectateurs du Nouveau Théâtre Populaire. Ce spectacle est une tentative de partager avec l’ensemble du public nos interrogations profondes. Celles qui existent au sein de la troupe, celles qui nous rassemblent avec vous après les spectacles, celles qui laissent espérer une aube de la pensée au sein de la communauté humaine d’aujourd’hui, pour inventer un lendemain meilleur.