Le Goût des autres

Le Goût des autres

le goût des autres / jaoui

15, 18, 21, 24, 27 août, 20h30

 

D’après le film Le Goût des autres d’Agnès Jaoui, scénario de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui
ADAPTATION et MISE EN SCÈNE Emilien Diard-Detœuf
COLLABORATION ARTISTIQUE Léo Cohen-Paperman
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
RÉGIE GÉNÉRALE
Thomas Chrétien
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Léonie Lenain

DISTRIBUTION
Valentin BoraudPhilippe CanalesClovis Fouin, Joseph FourezFrédéric Jessua, Lazare Herson-Macarel, Morgane Nairaud, Claire Sermonne, et un chœur d’amateurs

 

synopsis

Un chef d’entreprise tombe amoureux de sa professeur d’anglais, laquelle est aussi et surtout actrice de théâtre. Elle est brillante, vit seule, et n’a pas un sou en poche. Lui est très riche, marié à une femme triste, et n’a aucune culture. Pour conquérir celle qui l’a fait pleurer pour la première fois de sa vie au théâtre, il va devoir surmonter la grande barrière qui les sépare : la différence de classe. C’est l’histoire des goûts des uns et des couleurs des autres.
Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, co-scénaristes, règlent quelques comptes avec la société française et ses contradictions. Les possédants sont incultes, les cultivés sont avares de leur savoir. Les artistes sont dépressifs, et les cadres s’ennuient à mourir. Bien malgré eux, tous attendent le grand choc, celui de la rencontre, sans cesse empêchée, de deux mondes qui ne demandent qu’à respirer un autre air. Le Goût des autres, c’est Georges Dandin qui sonne à la porte du cinéma français. C’est My fair lady transportée dans la province française par les disciples de Claude Sautet et d’Alain Resnais.

pourquoi adapter ce film au ntp ?

Le goût des autres, écrit à l’aube des années 2000, pose la question du lien social qui unit encore gens de la ville et gens de province, gens de culture et gens d’industrie. Au-delà du couple qui en est l’axe central, la galerie des petits personnages représente aussi une couche de la société qui a les difficultés de son époque, entre solitude affective et quotidien sans relief. Rétrospectivement, on peut sentir au-dessus d’eux l’ombre du siècle à venir. En 2000, on découvrait Britney Spears et Alizée chantait Lolita. Les futurs gilets jaunes étaient sans doute encore en études, peut-être déjà au travail. Le président s’appelait Chirac, et le World Trade Center était encore debout. Les crises majeures arrivaient au galop, futur krach boursier et climat déréglé, mais on regardait sceptiques ces points noirs grossir au loin. Et pourtant… Agnès Jaoui a su capter les signes d’une inquiétude fondamentale, et d’un repli sur soi, qui devait trouver bien des confirmations dans les vingt années à suivre. J’ai voulu faire revenir ces héros ordinaires d’un siècle qui n’avait pas encore commencé, aux germes de notre époque actuelle.
A l’occasion du festival consacré au cinéma, je voulais absolument adapter un film français, et faire honneur à la comédie. Depuis longtemps, le genre a acquis en France ses lettres de noblesse grâce à l’inventivité de ses dialoguistes, dont on peut penser qu’ils sont les héritiers – et ici, l’héritière ! – d’une longue tradition d’auteurs comiques au théâtre, de Molière à Feydeau, en passant par Marivaux. Jaoui et Bacri, ont le sens de la tournure lunaire, et le goût de la phrase qui tue. On peut être soufflé par l’âpreté avec laquelle ils décrivent le fossé qui sépare les classes sociales en France. Mais de leur film, on sort surtout amoureux de cette galerie de personnages inoubliables. Chef d’entreprise, garde du corps, serveuse, décoratrice, chauffeur, galeriste, actrice, c’est toute une faune sensible qu’ils ont réussi à faire tenir dans un film enlevé, insolent d’humour et de légèreté.

note du metteur en scène

Pour représenter l’effervescence de ces microcosmes qui se croisent, je vais faire du plateau Jean Vilar un lieu qui représente tous les lieux. Le défi de la mise en scène est que je dois autant montrer l’intimité d’une chambre que celle d’une voiture, passer d’un pavillon de zone périurbaine à une galerie d’art, d’un hangar d’entreprise à un théâtre municipal. Jaoui a l’air d’écrire en passant, personne ne s’attarde, les scènes s’enchaînent : je veux donc privilégier une grande mobilité des acteurs.
Je vais donc tout placer dans un décor unique, pour conserver la vivacité de l’écriture. Je vais faire du lieu du théâtre le coeur du film. Car si M. Castella tombe amoureux de Clara Devaux, c’est la puissance émotionnelle du théâtre qui le frappe en premier.
C’est dans l’espace mental du théâtre que va se dérouler toute la fiction. Castella, amoureux, est pris au piège. Tout doit pour lui se dérouler comme dans une machinerie qu’il tente, tant bien que mal, de contrôler. Si des apparences de réalisme subsisteront – une vraie voiture pour les scènes de route, le rideau d’un salon de mauvais goût, un lit pour les scènes d’intimité – ils ne seront là que comme témoins d’une réalité dont Castella veut désormais s’affranchir. De là, je prendrai la liberté de recomposer les scènes de théâtre, qui sont au nombre de trois dans le film original, pour donner cette impression que Castella a beau poursuivre Clara Devaux, c’est bien lui qui est poursuivi par le théâtre.

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Agnès Jaoui, réalisatrice du Goût des autres

Agnès Jaoui, née en 1964 à Antony, est venue à la réalisation comme elle est venue à l’écriture : « pour ne plus dépendre du désir des autres » et pour maîtriser sa destinée d’actrice. Elle s’est formée à l’école des Amandiers, à Nanterre, sous la direction de Patrice Chéreau, mais elle refuse d’entrer dans la troupe. C’est en jouant au théâtre qu’elle rencontre Jean-Pierre Bacri. Très vite, ils commencent à écrire ensemble. D’abord du théâtre, puis en 1994, un premier scénario pour Alain Resnais, Smoking, no
smoking. Suivront Un air de famille et On connait la chanson. Récompensé par plusieurs César, le duo écrit Le Goût des autres, et Agnès Jaoui devient réalisatrice pour la première fois.

 

 

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